Hakata Gion Yamakasa, deux semaines de festival en plein été
Pendant les deux premières semaines de juillet, le quartier de Hakata, à Fukuoka, vit au rythme du Hakata Gion Yamakasa. Des chars d'une tonne portés en courant, et un final à 4h59 du matin.
Deux semaines de montée en tension, sept quartiers en compétition, des chars de près d'une tonne portés à bout de bras dans les rues, et une dernière course qui s'élance à 4h59 du matin. Le Hakata Gion Yamakasa perpétue des traditions vieilles de près de 800 ans.
Une origine qui remonte à une épidémie
Ce festival serait né d'un évènement daté de 1241. À l'époque, une épidémie frappe Hakata.
Selon les récits, un moine bouddhiste se serait fait porter à travers les rues de la ville sur une plateforme en bois appelée segaki-dana, aspergeant le sol d'eau sacrée en récitant des prières pour purifier les quartiers touchés.
Les Nagare, ces quartiers devenus des équipes
Pour comprendre l'organisation actuelle du Yamakasa, il faut revenir au XVIe siècle.
Hakata était alors une ville commerçante prospère, tournée vers le continent asiatique. Cette richesse en faisait aussi une cible : plusieurs seigneurs féodaux y enchaînent les batailles.
En 1586, la ville est incendiée. L'un de ces seigneurs y met le feu en se retirant. Un an plus tard, elle est reconstruite et de nouveaux quartiers se forment, que l'on appelle les Nagare (流).
Ces regroupements de quartiers sont devenus les équipes qui participent aujourd'hui au festival : Daikoku, Higashi, Nakasu, Nishi, Chiyo, Ebisu et Doi.
Deux types de chars, deux esprits
Le mot « Yamakasa » désigne les chars du festival, mais il en existe deux bien distincts.
Les Kazariyama, les chars fixes
Ce sont les grands chars décoratifs, installés dès le 1er juillet sur une dizaine de sites répartis dans la ville. Ils mesurent une dizaine de mètres de haut et sont réalisés par des artisans spécialisés, un savoir-faire transmis depuis toutes ces années.
Chaque Kazariyama possède deux faces, avec deux thématiques distinctes :
- une face omote (avant), traditionnellement consacrée à des héros historiques ou à des scènes de légendes japonaises
- une face ura (arrière), souvent plus contemporaine, où la culture populaire s'invite volontiers
C'est là qu'on peut par exemple voir des personnages de manga, comme avec One Piece en 2026. À l'époque, ces décorations faisaient naître une rivalité entre quartiers : il fallait être le plus impressionnant.
Les Kakiyama, les chars à porter
Ce sont les chars portés par les hommes. Ils mesurent environ trois mètres et pèsent près d'une tonne. Porter ces chars lors d'une course reste un phénomène rare au Japon, et l'engagement physique est intense.
Le déroulé des deux semaines
Le festival n'est pas un évènement unique mais une montée en tension progressive.
- 1er juilletInstallation et dévoilement des Kazariyama dans toute la ville. Le compte à rebours commence.
- 9 juilletOshioitori : les participants se rendent à la plage d'Hakozaki pour y recueillir du sable purificateur.
- 10 juilletNagaregaki : les premières courses, à l'intérieur du périmètre de chaque Nagare.
- 11 juilletAsayama et Tanagaregaki : la course matinale, puis la course hors périmètre.
- 12 juilletOiyama-narashi : la répétition générale, sur un parcours raccourci. Chronométrée, et prise très au sérieux.
- 13 juilletShūdan Yamamise : les sept Kakiyama traversent la rivière Naka pour rejoindre le centre administratif de Fukuoka. C'est le seul jour où les chars quittent Hakata.
- 14 juilletDernier Nagaregaki. La veille de l'aboutissement.
- 15 juillet, 4h59 précisesL'Oiyama : le premier Nagare franchit la porte du sanctuaire Kushida, entonne le Hakata-Iwaimedeta et s'élance. Les six autres suivent à cinq minutes d'intervalle. Le parcours complet fait environ 5 km à travers la ville, et chaque équipe est chronométrée.
À 6h du matin, tout est terminé. Les chars sont démontés dans la journée. Le lendemain, il ne reste rien.
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Kushida-jinja, le cœur du dispositif
Le sanctuaire Kushida est le gardien tutélaire de Hakata, et le point de départ de l'Oiyama. C'est devant sa porte que se joue le moment le plus attendu des deux semaines.
Tout au long des courses, les habitants et les spectateurs jettent de l'eau sur les porteurs. Ce n'est pas qu'un geste de fraîcheur en plein été : l'eau reste au cœur du festival depuis l'épisode fondateur de 1241.
Ce que portent les participants
Il est intéressant de s'attarder sur les vêtements et les accessoires portés lors de ce festival.
Le mizu-happi (水法被), la « veste d'eau », est une veste courte en coton qui sèche vite. Elle dérive du happi classique, porté notamment par les artisans à l'époque d'Edo. Le dos de la veste porte l'emblème ou le caractère du Nagare d'appartenance, et cette appartenance à un quartier se transmet, elle ne se choisit pas.
À l'époque d'Edo déjà, le happi servait de marqueur d'identité : en voyant la veste, on savait à quel groupe appartenait une personne. Cette logique est reprise encore aujourd'hui lors des festivals.
Le shimekomi (締め込み) est le vêtement volontairement court, pour ne pas gêner les mouvements, et qui ne retient pas l'eau afin de ne pas devenir lourd.
Les jika-tabi (地下足袋), enfin, sont ces chaussures à orteil séparé qui permettent une meilleure adhérence au sol.
En résumé
Près de 800 ans, et toujours à 4h59
Le Hakata Gion Yamakasa perpétue des traditions vieilles de près de 800 ans, et reste très impressionnant à voir. Il est aussi long sur la durée : deux semaines, ce n'est pas rien. Le tout gratuitement, en pleine rue, au milieu des habitants du quartier.
Site officiel du festival : hakata-yamakasa.net
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