Hana Yagi, artiste et fashion designer tokyoïte
Vous ne connaissez peut-être pas son nom, mais vous avez sûrement déjà vu son travail. Portrait d'une créatrice qui transforme des robes de mariée abîmées en pièces uniques.
En juin 2026, Naomi Osaka faisait une entrée remarquée en robe-kimono blanc, une création de Hana Yagi. Cette artiste japonaise s'intéresse aux vêtements « reconstruits » de cérémonie : elle assemble, découpe et crée de nouvelles pièces, avec un hommage certain aux traditions de son pays.
Qui est Hana Yagi ?
Hana Yagi transforme des robes de mariée endommagées, tachées, déchirées ou destinées à être jetées, en nouvelles pièces. Elle les récupère, les découpe et les réassemble d'une autre manière. Les défauts ne sont pas dissimulés : au contraire, ils sont au cœur de la nouvelle création.
Hana Yagi est née à Tokyo en 1999. Elle a étudié l'art au lycée, puis a poursuivi la mode dans une école indépendante appelée coconogacco. Elle est aujourd'hui à la tête de la marque HANA YAGI, spécialisée dans l'utilisation de déchets de tissus pour refaire des robes et des vêtements sur mesure.
« J'ai hérité de l'esprit d'indépendance féminine et du goût de la mode de ma mère et de ma grand-mère. Mon père est un artisan, spécialisé dans la fabrication de toits métalliques de bâtiments japonais, une industrie familiale transmise en troisième génération. Il m'a soufflé l'idée que je pouvais créer par moi-même, tout en me faisant réaliser l'importance de respecter la tradition. Les valeurs de mes parents se sont heurtées dans mon esprit, et c'est ce qui a inspiré ma création actuelle. » Hana Yagi, pour Vogue Taïwan
Le travail des robes de mariée
Hana Yagi travaille beaucoup avec les robes de mariée. En 2024, elle réalise notamment un projet, « Sanguine Bride », autour de kimonos blancs, avec un contraste saisissant entre le blanc de l'habit et des couleurs comme le rouge ou le noir.
Et ce n'est pas un hasard. Le blanc, c'est l'image de la pureté, celle qu'on rattache à la femme lorsqu'elle choisit son habit de mariage. Elle confiait à Tokyo Weekender : « Je ressens qu'un système de valeurs patriarcal se cache derrière cette tradition, un système qui demande aux femmes d'effacer leur propre identité et leur individualité. » Vous l'aurez compris : Hana Yagi ne veut pas de cet effacement. Un vrai discours féministe traverse son travail. Pourquoi associe-t-on toujours la femme à la pureté, au fait de s'effacer, quitte à l'empêcher d'être elle-même ?
Les racines japonaises : le boro
À 19 ans, elle présente sa toute première collection, « Repair », au concours International Talent Support (ITS), le plus grand concours de mode d'Europe, à Trieste, en Italie. Elle en sera finaliste.
« J'aime la création depuis l'enfance, mais j'ai vraiment commencé à étudier l'art au lycée : le graphisme, la peinture et la sculpture, dans un lycée d'art à Tokyo. Plus tard, après avoir été nominée pour la finale de l'International Talent Support en 2019, j'ai décidé de commencer ma carrière dans la mode. » Hana Yagi, pour Vogue Taïwan
Elle s'inspire d'une tradition textile ancienne et fascinante : le boro (ぼろ), « les vêtements portés par les pauvres vivant dans les régions froides du Japon pendant la période Edo ». À l'époque, les matières premières étaient rares. À Aomori, faute de laine, les habitants fabriquaient leurs vêtements en superposant du tissu de chanvre usé, cousu au fil. On réutilisait, on réassociait, on réparait pour prolonger la vie du vêtement plutôt que de gâcher. À l'origine de cette tradition : des femmes qui, par la couture, re-créaient du neuf.
« D'un côté, j'aime les vêtements pleins de belle fantaisie, comme le sur-mesure haut de gamme ; de l'autre, les vêtements boro, avec leur esprit punk DIY, collent davantage à mon concept. Une robe de mariée jetée et endommagée a les deux à la fois : beau sur-mesure et boro. C'est pour ça que ces vieilles robes détruites me fascinent. » Hana Yagi, pour Vogue Taïwan
Cet esprit de réparation évoque aussi le kintsugi, l'art japonais qui répare les céramiques brisées avec une laque saupoudrée d'or, d'argent ou de platine. À partir d'un objet destiné à la benne, on crée quelque chose d'encore plus beau.
Pour finir
Réparer, plutôt qu'effacer
Entre upcycling, seconde vie des vêtements et traditions japonaises, Hana Yagi rend hommage aux vêtements et à leurs histoires, tout en bousculant les normes. Une démarche qui, à l'heure de la surconsommation, a quelque chose de salutaire.
Elle confiait à Yokogaomag : « C'est dommage qu'il n'y ait pas beaucoup de femmes designers, surtout au Japon. J'espère que les femmes de ma génération, et des générations plus jeunes, deviendront plus actives dans le monde créatif. » On lui souhaite d'être entendue.
Envie de découvrir d'autres créateurs ?
Marques et créateurs