TOTO Museum, le musée qui raconte comment les toilettes ont modernisé le Japon

Les produits TOTO sont utilisés quotidiennement au Japon. L'importance de l'entreprise est telle qu'un musée gratuit lui est entièrement dédié, à Kitakyushu, là où se trouve son siège social.

📍 Kitakyushu · Kyushu 📅 Août 2026 4 min de lecture 🎓 Gratuit
Meuble de salle de bain rose vif à plan noir, avec vasque et miroir, exposé au TOTO Museum
Un meuble de salle de bain d'époque, exposé au musée.

1917 : moderniser le Japon en commençant par ses toilettes

TOTO est fondée en 1917 à Kokura, sous le nom de Tōyō Tōki (東洋陶器), que l'on peut traduire par « céramique orientale », d'où l'abréviation TOTO.

L'ambition est d'apporter de la modernisation, du confort et de l'hygiène dans la vie des Japonais. À l'époque, le pays n'est presque pas équipé en réseau d'assainissement, et les toilettes sont perçues comme un espace impur. La modernisation du Japon est donc aussi passée par ses toilettes.

C'est TOTO qui développe au Japon les toilettes à chasse d'eau de style occidental, et les autres articles sanitaires en céramique.

Des racines dans le commerce de la porcelaine

L'histoire commence plus tôt, et pas du tout dans les sanitaires.

Le Morimura-gumi, société de négoce fondée par Morimura Ichizaemon, achetait des marchandises japonaises, vaisselle ou vases, pour les revendre à New York. En 1904, le groupe crée la Nippon Tōki, l'actuelle Noritake, à Nagoya, avec sa propre ligne de vaisselle en céramique blanche inspirée de ce que proposait l'Occident.

Le personnage clé est Ōkura Kazuchika, premier président de Nippon Tōki. Lors d'un voyage d'étude en Europe, il découvre les sanitaires en céramique et décide d'en lancer la fabrication au Japon. C'est lui qui fondera Tōyō Tōki en 1917.

Le détail qui explique le musée

TOTO ne naît pas de rien : l'entreprise est issue de la branche sanitaire de Nippon Tōki, un fabricant de vaisselle. C'est pour ça qu'une partie des vitrines du musée présente des assiettes et des tasses, ce qui surprend quand on arrive.

Les grandes étapes techniques

Les toilettes à siège et lunette en bois sont les premières toilettes haut de gamme de type siphon au Japon. Leur structure complexe a demandé dix ans de conception.

Puis vient le Washlet. TOTO importe dès 1964 le siège à jet nettoyant américain « Wash Air Seat », puis le produit sous licence au Japon cinq ans plus tard en y ajoutant le siège chauffant. Mais c'est en juin 1980 que sort le Washlet maison, conçu par TOTO. Celui qui va changer complètement la culture des toilettes au Japon.

Toilettes en céramique blanche à siège et abattant en bois massif, modèle C38, sous vitrine au TOTO Museum
Le C38, commercialisé en 1927. Il équipait des bâtiments prestigieux, dont la Diète impériale.
Le premier Washlet de TOTO, modèle G TCF400, siège en plastique crème avec boîtier de commande à molette
Le Washlet G de 1980, avec sa molette de réglage. Cinquante-trois ans séparent ces deux objets.

Les toilettes de l'école, un chantier à part

Dans les écoles et les crèches, les toilettes ont longtemps été considérées comme sales, sombres et malodorantes. TOTO a travaillé à changer cette image en proposant des équipements confortables et adaptés aux enfants.

Dans les années 1980, les écoles étaient encore équipées d'urinoirs placés trop haut, difficilement utilisables.

Mille ans d'histoire, avant tout ça

À l'époque de Heian, la noblesse japonaise utilisait des toilettes en bois, les hibako (樋箱). Un support en forme de T permettait d'y déposer son kimono, dont les longs pans rendaient l'exercice compliqué.

Au XVIIe siècle, la croissance de la population japonaise pousse à installer des fosses communes à l'extérieur. Avec le temps, la forme des toilettes passe du carré à l'ovale.

En 1960, la Société publique du logement adopte les toilettes à chasse d'eau à siège : la posture bascule de l'accroupissement à la position assise. À une époque où beaucoup de gens ne comprennent pas encore comment les utiliser.

Panneau du musée illustrant un hibako, caisse en bois de l'époque de Heian, avec son support en forme de T
Le hibako et son support, sur la fresque murale du musée.
Illustration d'une noble de l'époque de Heian en kimono rose, sur la fresque murale du musée
La même fresque, côté usage : le kimono explique la forme de l'objet.

De 20 litres à 3,8 litres

Il y a cinquante ans, aucune technologie ne permettait de contrôler la quantité d'eau consommée à chaque chasse : on montait jusqu'à 20 litres par utilisation. Les pénuries d'eau des années 1970 rendent le problème critique.

Les modèles vendus jusque dans les années 1990 descendent à 13 litres. Aujourd'hui, les modèles les plus économes de TOTO tournent à 3,8 litres, soit moins d'un tiers.

Panneau du musée intitulé Evolution of the Public Toilet, retraçant les toilettes publiques japonaises depuis 1960
Le musée est traduit en anglais de bout en bout, panneaux compris.

Ça vaut le détour ?

Oui, et pas seulement pour la curiosité. Le musée est gratuit, se visite en 1h30 environ, et retrace l'histoire des sanitaires : l'hygiène publique, l'urbanisation, la place de l'eau, et la façon dont un objet du quotidien peut transformer une culture entière.

Si vous passez par Kitakyushu, entre Fukuoka et Honshu, c'est un arrêt à intégrer si le sujet vous intéresse, à une époque où le monde entier se fascine pour le confort des toilettes japonaises.

Rouleau de papier toilette imprimé de petits personnages, sur son dérouleur
Papier toilette dans les vraies toilettes du musée.

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